1 juin 2017

Pîtres sous la Seconde République et le Second Empire (1848-1860)

Pîtres Second Empire

Pîtres sous le Second Empire


(voir Pîtres sous la Révolution)
(voir Pîtres d'un Empire à l'autre)
Nous traitons dans ce numéro d'une période assez courte, moins de 20 ans si l'on considère la date officielle, 1852, du début du Second Empire, ou 20 ans si l'on se réfère au coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851.
Pîtres Second Empire
C'est qu'il s'agit d'une période clé de l'histoire de la France, qui prolonge le décollage économique de la Monarchie de Juillet (Louis-Philippe), et nous verrons qu'il s'agit sans doute pour Pîtres de la période pendant laquelle le village, qui change rapidement, commence à ressembler à la commune que nous connaissons.

Pîtres Second Empire - Cadastre de 1834
Cadastre de 1834

Le registre des délibérations du conseil municipal n'indique pas une activité démesurée : sept réunions en 1848, période pourtant très animée de notre histoire1, puis trois ou quatre par an en moyenne, sauf, nous le verrons, en cas de crise interne. La tâche du conseil est essentiellement de s'occuper de la voirie (réfection des chemins) et des écoles. De plus, sous le Second Empire, les maires, qui, sous la Seconde République, ont été élus par le conseil municipal, sont de nouveau nommés par le préfet, pas de réunion donc pour son élection. On remarque par ailleurs que les changements de régime affectent peu la tête de la commune : Jean-Louis Vigor était maire sous la monarchie, il l'est resté sous la République, et le restera sous l'Empire, comme ses conseillers, qui s'appellent Rose, Depître, Chardon, Bizet, puis Mesnil, Moreau, Lethoré, Fréret, Mathias, Delamare ….

1. En février 1848, trois journées d'insurrection mettent fin à la Monarchie de Juillet et aboutissent à la proclamation de la Seconde République. En décembre, Louis-Napoléon Bonaparte est élu Président avec 75% des suffrages exprimés. Deux ans plus tard, il fera un coup d'Etat le 2 décembre.

Pîtres Second Empire - halage
Né en 1787, Jean-Louis Vigor appartient à la branche des mariniers, mais cela veut vraisemblablement dire qu'il possédait des chevaux de halage, bien qu'apparaissent chez ses descendants des charpentiers de marine.

En 1865, on constate un peu de changement, quelques nouveaux noms apparaissent : Lebert, Vaillant, Védrine, Hamelin, Frétigny, et le préfet nomme un nouveau maire : Louis Athanase Désiré ROZE2, le meunier.

2. Du fait des incertitudes de l'Etat-civil, on trouve depuis le 16ème siècle dans la commune des Rose et des Roze, forts nombreux : fléteyeur, badestamier, laboureur, journalier, charpentier, tonnelier, cordonnier, maréchal, sonneur, propriétaire, meunier, plusieurs fois alliés par mariage avec les Vigor. Etrangement, Louis Athanase Désiré n'apparaît pas dans la liste des plus forts imposés de 1864, où se trouvent pourtant quatre Rose.

Routes, chemins, bacs et ponts, voie ferrée.
            L'entretien des chemins vicinaux fait l'objet d'au moins une réunion par an pour en approuver le budget, qui constitue une grosse part des dépenses de la commune.
En 1854, on proteste contre l'administration des Ponts et chaussées qui interdit définitivement le passage des bestiaux et voitures sur le pont de l'Andelle ainsi que sur le chemin de halage, ce qui confirme le fait qu'un pont sur l'Andelle avait été construit, mais sans doute de bois, et en mauvais état, et que cela en était fini des fléteyeurs qui assuraient le passage d'eau. Six ans plus tard, on propose un bac à voitures sur la Seine de Poses à Amfreville, mais le conseil est contre, sans que nous sachions pourquoi. Peut-être le coût de l'opération ?
            En 1866 (un vendredi à 6h du matin, note le registre !) on proteste contre le retard pris par le projet de ligne Rouen-Orléans direct. En fait la ligne ne partira d'Orléans qu’en 1872 pour atteindre Louviers en 1875 et Rouen en 1883 : ce projet aura donc pris une vingtaine d'années de retard. Quant à la ligne Gisors-Pont-de-l'Arche, qui passe encore par Pîtres, elle est ouverte en décembre 1868. L'année précédente, Pîtres a protesté contre l'absence de projet de "station de chemin de fer", qui ne sera mise en place que bien plus tard, avançant qu'il y avait 914 habitants dans la commune, et qu'avec les alentours, Poses 126, Le Manoir 346, Quévreville 200, etc.), cela faisait en tout 3644 habitants. Ces chiffres semblent largement surestimés pour les besoins de la cause, et on y ajoute comme argument que "déjà la départementale numéro 12 passe au nord de la commune". On se souvient que Pîtres aurait voulu la voir passer en son centre.
            Pîtres s'exprime en faveur d'un bac à voitures de Pîtres à Poses, précisant que c'est en attendant le pont : ceci explique peut-être son opposition à ce bac une douzaine d'années auparavant : on préférait un pont, mais on se fait une raison.
            On a établi, en 1857, un tableau du classement des chemins, document dont nous reparlerons prochainement. On élargit la rue des Moulins.
            En 1869, pour les chemins, la commune décide de demander une subvention spéciale à Olivier Frédéric et Philogène frères, fabricants de drap à Elbeuf, ce qui montre que l’on continue à transporter les draps d’Elbeuf à Romilly, pour le foulonnage, aller et retour, par des charrois routiers (il n'y a pas encore de gare à Pîtres, et la carte de 1872 n'en indique pas pour Romilly)

Les foires et marchés
Pîtres Second Empire - foires et marchés
Le Second empire fait un effort particulier de promotion et de modernisation de l'agriculture, et modifie la carte des foires et marchés qui datait des siècles précédents. Comme toutes les communes, Pîtres est régulièrement appelée à donner son avis, pour des bourgs parfois éloignés, par exemple : La Haye-Malherbe, Saint Didier etc. Elle est d'accord pour un nouveau marché aux bestiaux à Pont-de-l'Arche, mais contre la demande de foires à Fleury, le premier mardi de Pâques et le dernier mardi d’août, "car cela nuirait à celle de Pont-Saint-Pierre", par contre donne un "avis très positif" pour un nouveau marché hebdomadaire à Louviers. Pour les bovins, Rouen demandant une modification de la date, Pîtres est contre, invoquant l'intérêt d'autres localités, dont Routot, pourtant assez éloignée….
Elle commence par donner un avis négatif pour une foire aux Andelys, "qui nuirait à celle de Fleury", puis un avis positif trois ans plus tard...

L’école
La présence d'une école par commune a été rendue obligatoire par la loi Guizot de 1833, mais elle n'est pas encore gratuite, à Pîtres la rétribution mensuelle est fixée par enfant :
1 franc pour les moins de 9 ans, 1,5 franc pour les plus de 9 ans, et des centimes spéciaux sont votés pour porter cette somme à un minimum, qui constitue le salaire de l'instituteur, le nombre d'enfants doit être suffisant, puisque cette somme (environ 900 francs par an ) ne nécessite pas de "rallonge".
« Après avoir mûrement réfléchi », on choisit une laïque.


En 1861, on fixe la rétribution scolaire des filles : 1,25 franc par élève, quel que soit l'âge. La loi Duruy impose depuis 1857 une école de filles, et l'institutrice de Pîtres est rémunérée 450 francs par an.
Le gros problème de la commune va alors être de trouver de quoi construire une véritable école et des logements pour l'instituteur et l'institutrice. Il faut croire que le terrain acheté rue Bourgerue en 1847 n'a pas permis la construction prévue (école, logement, mairie et pompe à incendie), ou qu'il se révèle maintenant trop petit.
En 1861, on se tourne donc vers un terrain dépendant du presbytère, décrit comme « pas au centre, mais dans un endroit élevé, très sain et aéré », pour y construire écoles, logements et mairies, car "on ne trouve rien au centre". Puis plus rien jusqu'en 1866...
En 1864, une lettre de l'inspecteur des écoles des Andelys demande si en remplacement de Mme Frétigny, décédée, le conseil préfère une institutrice laïque ou une religieuse.
Pîtres Second Empire - La carte d'Etat-major, souvent dite carte de 1852, est la première à couvrir l'ensemble de la France depuis celle des Cassini au XVIIIe. Celle-ci est en fait postérieure, comme le montre la présence de la voie ferrée. On y remarque ce centre vide, dans le carré ouvert des rues du Taillis, Bourgerue et du Bosc.
La carte d'Etat-major, souvent dite carte de 1852, est la première à couvrir l'ensemble de la France depuis celle des Cassini au XVIIIe. Celle-ci est en fait postérieure, comme le montre la présence de la voie ferrée. On y remarque ce centre vide, dans le carré ouvert des rues du Taillis, Bourgerue et du Bosc.

En 1866, on décide l'achat d'un terrain rue Dumontier, aujourd'hui rue de l'église, pour y construire la mairie, deux salles d'écoles et deux logements. Cette décision de se résoudre à acheter un emplacement excentré se révélera importante par la suite, car elle contribue, l'église n'étant déjà pas au cœur du village, à priver Pîtres d'un vrai centre.
Le coût total estimé de l'opération étant de 23 140 francs, la commune vend des terrains (60 ares aux Flotteaux, 12 ares au quai Gallais, 11 ares au quai Margot, des pâtures, des chemins inutiles), prévoit de lever un impôt extraordinaire de 10% supplémentaire pendant 10 ans, fait donc une demande de secours au préfet de 6140 francs pour atteindre ce total, et emprunte 10 000 francs pour dix ans à la Caisse des dépôts et consignations, prévoyant que le dernier paiement aurait lieu en 1878.
Une enquête commodo et incommodo pour la construction des écoles donne ce résultat : sur 273 électeurs, il n'y a que cinq observations, quatre trouvent que la position n'est pas assez centrale, et une seule est contre l'aliénation des terrains communaux. Quand on sait que cette question a été longtemps enjeu de vifs débats, on sent qu'une époque se termine, sur une note symbolique : l'enfant ira à l'école, plutôt que de mener la vache ou la chèvre paître sur les communaux. De toute façon, cela faisait plusieurs années que l'herbe était plutôt mise en vente au profit de la commune, on trouve ainsi plusieurs fois : "vente de l'herbe des Flotteaux aux enchères, du quai Margot et du quai Gallais"
Les dépenses d'école augmentent, elles s'élèvent à 1 916 francs en 1869, mais il doit subsister bien des besoins, puisqu'en 1870, l'institutrice doit organiser une loterie pour l'achat des livres. Elle rapporte 120 francs.
En 1870 a lieu la réception des travaux de la mairie, avec un supplément de 3 125 francs.

Un gros legs
L'abbé Bouillant lègue à la fabrique « rente annuelle et perpétuelle de 600 francs, à la charge de faire acquitter à l'intention du testateur 50 messes par an et de le faire recommander tous les dimanches aux prières des fidèles ». Il s'agit d'une somme importante, pouvant représenter une année de salaire.
Ce legs est accepté « après mûre réflexion », on se demande d'ailleurs un peu pourquoi il a fallu réfléchir si mûrement. Nous verrons par contre que les héritiers ne l'entendront pas de cette oreille...

Secours aux indigents
En 1855, le préfet propose la création d'une société de secours mutuel, mais le conseil n'y est pas favorable, puis le préfet impose une assistance médicale gratuite dans chaque commune pour les indigents, ce qui entraîne le vote d'un impôt extraordinaire
On trouve alors parfois des notes de dépenses : 201 francs. pour un indigent qui se trouve à l'hospice de Louviers, 108 francs pour Mathias, le boulanger, qui a fourni du pain aux pauvres, des dettes passées en non-valeur. Mais quand, en 1868, le préfet réclame des frais de garde d'un indigent de Pîtres à l'hospice de Louviers, soit un franc par jour, représentant les deux cinquièmes des frais, le conseil proteste, faisant valoir que cette personne était, certes, née en 1812, mais qu'il y avait résidé, avait des sœurs fortunées, et que la commune n'avait pas d'argent, du fait de la construction de la mairie et des écoles.

Un procès qui dure... depuis 1577 1!

1. Contestation entre les habitants de Pîtres et de Romilly et le monastère des Deux Amants. (sans nom d'auteur ni d'éditeur)
Bibliothèque Municipale de Rouen cote Nm 808-18
On assiste à la fin d'une longue contestation entre les habitants de Pîtres et Romilly, d'un côté, et de l'autre les propriétaires ou héritiers des acquéreurs du prieuré de la Côte des deux-amants, parmi lesquels M. Bizet, propriétaire du château de Cantelou, qui ont acheté le prieuré lors de la vente des biens nationaux2 et ont repris à leur profit les revendications des moines qui pendant des siècles ont tenté de récupérer la jouissance de pâtures, au pied de la côte des Deux-Amants, que les habitants de Pîtres et Romilly se partagent comme biens communaux…

2. Pour se sortir du déficit budgétaire énorme hérité de la monarchie, l'Assemblée Constituante décide en 1789 la saisie et la vente des biens du clergé et de la couronne, qui servent de gage aux assignats (voir n°1).
En 1855 les héritiers ont réussi à faire annuler par la Cour impériale de Rouen un jugement des Andelys de 1853, favorable à Pîtres et Romilly, qui protestent en invoquant une ordonnance de 1669, et envisagent un pourvoi en cassation, qu'ils ne font sans doute pas, puisque trois mois plus tard, ils acceptent, « avec restriction », le principe d'une "restitution des fruits", donc ce qu'auraient rapporté les pâtures aux héritiers si elles étaient restées entre leurs mains : 942,41 francs.
Mais la note totale arrive l'année suivante :
1 662 francs pour les héritiers, 4 053 pour les avoués, 1 372 pour les avocats, et 921 d'intérêts, soit environ 8 000 francs, que les deux communes se partagent équitablement.
Pîtres vote donc d'un impôt extraordinaire de 15 centimes par franc sur les 4 contributions, qui devrait rapporter 1 400 francs.
Zizanie municipale
Le 13 mai 1858, un jeudi à six heures du matin, précise le compte-rendu, lors d'une séance consacrée au compte de gestion, le conseil refuse de signer car il manque des pièces, que le maire dit avoir réclamées au receveur municipal, qui réclame au receveur de Louviers. La séance est donc levée
Le 23, un dimanche, à huit heures du matin, ces pièces, "mémoires et mandats", manquent encore car le receveur municipal refuse de s'en dessaisir, ils sont à examiner dans son bureau...
Le 30, les mandats et mémoires sont sur la table, et le compte-rendu note, désabusé : « cette fois il était présumable que le conseil municipal n'aurait plus rien à désirer » ; erreur, après avoir examiné scrupuleusement toutes les pièces, le conseil municipal a déclaré, toujours par l'organe du sieur Fréret, que tout cela était bon mais que cela ne suffisait pas, il nous faut, a-t-il dit, le mémoire et le mandat du caillou3 charrié par Frétigny en 1856 ou sans cela nous ne signerons rien »... or ils sont en sous-préfecture, donc Fréret refuse, le maire, Vigor demande à chaque membre son opinion, et "personne ne voulant prendre la parole", s'adresse à Pierre-Louis Depîtres qui accepte de signer si tout le monde signe. « Cette réponse a fait rire l'assemblée »... La séance est levée sans décision, une seule signature ce jour-là : Vigor.
En 1859 quatre conseils se tiennent, sans incidents, mais le 30 mai 1860, J-L Vigor se retrouve à nouveau tout seul pour le vote du budget. Il renvoie le conseil au 7 juin, et réussit à avoir à ses côtés Arsène Lethoré, son adjoint, Jean-Louis Gossent, et Jean-Louis Rose3.

3. Pour la réfection des chemins, Frétigny, cultivateur ou marinier, devait fournir chevaux et voiture, plutôt que main d'œuvre ou paiement de taxe en espèces..

Réhabilitation
En 1869, un dénommé Ripaux François Isidore, carrossier à Rouen, rue Dulong a déposé une demande en réhabilitation. L'enquête arrive à Pîtres, où il avait résidé vers 1850-54. On atteste qu'il n'y a donné aucune plainte, s'y est marié avec une Félicité Gossent, et était un "ouvrier honnête et laborieux".
On peut présumer que F.-I. Ripaux avait participé aux divers mouvements sociaux qui ont secoué Rouen en février et avril 1848. La police de l'Empire a la mémoire longue.

La guerre de 1870 (juillet 1870 à janvier 71)
Napoléon III se laisse entraîner par ses conseillers militaires dans une guerre mal préparée, sans se rendre compte que le chancelier Bismarck, qui voulait la guerre pour unifier l'Allemagne autour d'une Prusse victorieuse, a tiré les ficelles. La défaite de Sedan, en septembre, entraîne la proclamation de la République par Gambetta.
Pîtres Second Empire
En décembre 1870, on évoque les réquisitions prussiennes et on prévoit leur remboursement par l'impôt, puis en février 71, à la réquisition de 22 850 francs demandée par l'autorité militaire allemande, on répond par un exposé de la misère de la commune, expliquant qu'il n'a été possible de "parfaire aucune somme à cause du manque absolu de ressources de la commune et de la profonde misère où elle se trouve réduite, croit qu'il est de son devoir d'exposer cette cause le plus brièvement possible. La commune est industrielle et agricole. Sous le rapport agricole, la propriété étant divisée en un grand nombre de petites exploitations, chaque particulier dans des temps prospères ne fait que pour vivre ; mais les nombreuses réquisitions, qui ont eu lieu presque journellement, depuis 80 jours, ont complètement épuisé et mis dans la plus profonde détresse tous les cultivateurs de notre commune.
Quant au côté industriel, la commune ne possède aucune fabrique et le personnel n'est composé que de pauvres ouvriers qui avaient autrefois gagné leurs journées dans les filatures et l'usine de Romilly ; mais depuis six mois que les travaux ont arrêtés, ces ouvriers sont demeurés sans aucune ressource, réduits à la mendicité et ils attendent chaque jour que la charité leur donne le morceau de pain qu'ils ne pourraient se procurer eux-mêmes.
Par cette malheureuse et triste situation, le conseil est extrêmement peiné de ne pouvoir, avec la meilleure volonté possible, obtempérer à la demande qui lui est faite et s'en remet entièrement à l'humanité de l'autorité militaire allemande à son égard."

Tableau volontairement noirci pour ne pas avoir à payer tribut, ou état réel de la commune ? Ce qui est sûr, c'est que la misère, en particulier des ouvriers au chômage doit être bien réelle, puisqu'un fonds charitable est mis en place en 1871 « pour donner du pain aux ouvriers à la suite de l'arrêt des filatures, fabriques et usines », ce qui atteste que Pîtres est largement devenue une commune ouvrière.
La cotisation semble plus le fruit de la bonne volonté que du degré de fortune : 14 cotisants, la veuve François Depîtres en tête avec 500 francs, 9 cotisants de 100 francs dont l'abbé Vaurabourg, et 4 de 50 francs. Une somme de 1 600 francs, donc, qui "sera remboursée sur fonds de la commune aussitôt que faire se pourra".

En avril, face à un recours pour « vol de bois sur pied dans le taillis », on répond que « le temps ne permettait pas d'exercer l'autorité. » Quel sens donner à cette phrase ? est-on débordé par la misère, ou la chute de l'Empire, et surtout l'insurrection parisienne de la Commune font-elles craindre d'autres révoltes, si bien que l'on préfère fermer les yeux ?


Michel Bienvenu